136 André Chevrillon
d’une colonne tout de suite élevée, et qui porte cette inscrip-
tion: Louis le Grand, Roy de France et de Navarre, règne:
le 9 avril 1682. Alors le chant du Vexilla et du Te Deum est
entonné, le Domine Salvum fac Regem ponctué d’une salve
de mousqueterie. Après quoi, un notaire—oui Messieurs, un
notaire, que La Salle avait pris soin d’amener de Frontenac,
et qui ce jour là revêtit son habit noir, et transcrivit les pa-
roles prononcées par le Chef.
Cette pièce, signée par tous les témoins, était en forme
protocolaire le procès-verbal de la prise de possession du sol.
“De par le Très-Haut, très Puissant, très Invincible et Vic-
torieux Louis Le Grand, par la grâce de Dieu Roy de
France et de Navarre, quatorzième de nom, ce jourd’huy,
9 avril 1682, je, en vertu de la commission que je tiens en
main, prêt à la faire voir à qui il pourrait appartenir, ay pris
et prends possession, au nom de Sa Majesté et du Successeur
de sa Couronne de ce pays de la Louisiane.”
Ce que signifiait ce mot: la Louisiane, écrit, ce jour là,
pour la première fois, la suite du texte le définit largement.
“Toutes les mers, ports, provinces, tous les peuples, nations,
cités, villages, mines, pêcheries, rivières, du dit pays, ainsi que
le long du fleuve Colbert ou Mississipi, et toutes les rivières
qui s’y déchargent, depuis ses sources jusqu’à son em-
bouchure dans le Golfe du Mexique.” C’était des Monta-
gnes Rocheuses, aux Alleghanis, la plus grande partie du
territoire actuel des Etats-Unis.
Il pouvait croire qu’il avait enfin forcé la Fortune. Elle
lui réservait un coup terrible. Le Gouverneur Buade de
Frontenac avait été rappelé; celui qui lui succédait, Lefèvre
de la Barre, vieillard imbécile, était tombé tout de suite
sous la coupe de la faction dont l’hostilité contre le grand
explorateur n’avait jamais désarmé. Sur le chemin du re-
tour, au Fort St Louis, construit par Tonty pour la défense